Samedi 25 août 2007

Rien n’a changé. La nouvelle ville ressemble point par point à l’ancienne. La plupart de ses habitants n’ont rien remarqué. Pas même les malfrats. Les uns obéissent, les autres payent, seul le nom diffère.

Batave.

Il était venu d’Europe, à ce qu’on disait. D’Amsterdam. Là-bas, il y avait appris le crime, le recel et tout un tas d’autres choses particulièrement utiles. Un jour, il avait décidé de faire comme ses ancêtres, de partir à la conquête du Nouveau Monde. Il s’était donc embarqué sur un paquebot – il avait tenu à faire le voyage par la mer pour faire comme ses ancêtres mais je pense que c’était pour éviter l’humiliation d’acheter deux places d’avion pour y coller ses monstrueuses fesses. Un matin du mois d’avril, le voilà donc à New York, parlant difficilement quelques mots d’Anglais et avec en poche le butin de son dernier casse : une mallette pleine de diamants. Car Batave s’y connaissait en diamants. Plus que quiconque. C’était son unique don. Il n’avait donc pas eu le choix, il était prédisposé au crime.

Malgré sa taille volumineuse dont tout le monde se moquait et son Anglais hésitant, Batave avait réussi la transaction du siècle en fourguant ses cailloux. Deux heures à peine après avoir débarqué, Batave était déjà célèbre. Aujourd’hui la ville lui appartient. Ma ville. Notre ville. Emma ne m’en a jamais rien dit.

 

- Ce n’est pas ma ville, Gaspard. Elle ne l’a jamais été et ne le sera jamais. Ce n’est pas parce que nous avons vécu quelques moments agréables que c’est notre ville. Tu as vraiment le cœur d’une midinette.

 

L’attaque était un peu facile pour que j’y réponde. Nous avions donc débarqué à Amsterdam par une nuit froide. Une voiture nous y attendait. Elle était conduite par un porte-flingue sec comme du vieux pain. Le genre de type qui se disperse sous tes doigts lorsque tu appuies un peu trop fort. Quand il m’a vu, il a fait style de ne pas comprendre.

 

- Monsieur ne peut pas venir. On m’a dit la jeune femme. C’est tout.

- Il n’y a pas de problème. Il m’accompagne.

- Je vois bien. Mais il n’est pas prévu. Il ne peut pas monter.

- Ta voiture a pourtant plus de deux places.

- Arrête, Gaspard. Ecoute. Tu sais qui je suis ?

- Oui, madame. J’ai entendu parler de vous.

- Tu sais qui t’envoies ?

- Aucune idée.

- Ne fais pas l’imbécile. Tu as forcément une petite idée.

- Oui, madame.

- Tu crois que Batave serait ravi de savoir que tu as laissé une de ses amies dans le froid, dans un quartier aussi mal famé par une nuit de pleine lune ?

 

Effectivement, la lune était belle et haute. Le porte-flingue esquissa une goutte de sueur. Il ouvrit la porte et nous fit monter à bord de son carrosse.

 

- Tu ne perds pas ton temps à discuter d’habitude.

- Il y a des règles, Gaspard. Partout dans le monde, je suis libre de faire ce que je veux. Ici, nous sommes chez Batave. Dans sa république, comme il l’appelle. Ce petit accrochage lui sera répété. Et notre chauffeur risque de finir sa carrière au fond de son coffre.

 

Emma n’avait donc pas menti lorsqu’elle m’avait dit de me méfier. La cruauté de Batave était loin d’être une légende. Je serrais contre ma hanche le Smith & Wesson que j’avais passé en fraude, prêt à une folie. Mais Batave avait quitté sa république. Il ne vivait plus qu’à New York. Cela aussi, Emma le savait. On eut affaire à son second, un Italien bouffé par la vérole qui parlait peu et qui la connaissait, évidemment.

 

- Voilà la mallette. Batave l’attend dans deux jours, tu sais où.

- Oui, Vincenzo. Pourquoi avoir fait appel à moi ?

- …

- Allez, tu peux me le dire. Nous sommes de vieilles connaissances.

-…

- C’est un piège, c’est ça ? Et je vais me retrouver en taule ou au fond de l’océan ?

-…

- Il y a quoi là-dedans, une bombe ? Les flics vont m’attendre à la frontière ? Ou c’est Batave lui-même qui va me flinguer ?

 

Emma pétait les plombs. Sa voix était tremblante, hésitante. C’est la première fois que je l’entendais parler ainsi à un client. Je lui saisis le bras. Elle se calma.

 

- Bon. Cette fois-ci, Vincenzo, c’est la dernière fois que l’on se voit. Pas trop tôt.

- Adieu, Emma.

 

Une fois de retour dans la voiture, Emma se prit la tête dans les mains.

 

- T’étais où, Emma, là ?

- Dans mes cauchemars. Je ne veux pas en parler.

 

Nous avons donc repris l’avion en silence et nous avons traversé l’océan. La Nouvelle-Amsterdam nous tendait les bras, alors, nous lui avons fait plaisir, nous sommes rentrés dans l’antre de l’ogre.

 

- Emma ! Ca me fait plaisir.

 

Batave était aussi gros que la rumeur le laissait supposer. Peut-être même plus.

 

- Salut, Batave, dit Emma d’une voix peu assurée.

- T’es venue accompagnée ? T’aurais pu me prévenir.

- Gaspard me seconde. Pour tout ce qui est administratif.

- Oui, sans doute.

 

Le dédaigneux regard qu’il me lança ne dura que l’espace d’une seconde.

 

- T’as les cailloux ?

 

Emma avança la mallette jusqu’à Batave et l’ouvrit. On crut alors que le jour venait de se lever en pleine nuit. Je n’y connais pas grand-chose mais à vue de nez, il devait y avoir un rubis, une émeraude, un saphir, un diamant, une topaze, et sans doute une pierre de chaque. Toutes plus grosses les unes que les autres. Le visage de Batave rayonna.

 

- Superbe. Vincenzo s’est pas foutu de ma gueule. J’en suis content, tu sais ? Vincenzo a bien su te remplacer.

- Je n’ai jamais été ton bras droit, Batave.

- T’aurais pu, tu sais ? Aujourd’hui, tu aurais la puissance d’un baron d’empire. Tu n’aurais pas à courir la planète comme un vulgaire coursier.

- C’est pour ça que tu m’as fait venir ? Pour me faire la morale ?

- Non, non, je ne suis pas comme ça, tu sais.

 

Il s’intéressa de nouveau à moi.

 

- C’est ton adjoint, c’est ça ? Il fait les taches administratives, c’est ça ?

- Oui, quelque chose comme ça.

- Il porte un flingue.

- Evidemment. Tu sais ce que c’est, l’administration, tous des pourris.

 

Batave partit d’un grand rire qui résonna dans la pièce et fut bientôt suivi par ceux de la demi-douzaine de types sérieux qui nous surveillaient.

 

- Ca me manque tes blagues, tu sais ? Et lui, il te fait rire ?

- Ca arrive.

- Oui, oui, c’est ça. Bon, passons aux choses sérieuses. Combien me dois-tu ?

- Combien me dois-tu, tu veux dire.

 

Emma, malgré une nervosité inaccoutumée, restait concentrée pour ne pas laisser aller sa rage.

 

- Non, non. Cette petite commission ne te sera pas payée. C’était un petit service. C’était sur ton chemin de toute façon. Tu rentrais de Kyoto, c’est ça ?

 

Emma avait toujours mis un soin infini à protéger ses arrières et à garder le silence sur ses destinations. A part moi et l’employeur qui l’avait envoyé à Cipango, personne ne savait. Batave venait de l’attaquer dans son amour-propre.

 

- Peut-être…

- Peut-être ? Non, évidemment. C’est un ami à moi qui me l’a dit. Un ami que tu as rencontré là-bas. Tu n’as pas été gentille avec lui. Il parait que l’on cherche encore ses restes.

 

Rochefort ! Batave avait envoyé Rochefort à nos trousses ? La révélation me cloua sur place. Mais elle laissa Emma stoïque.

 

- Où veux-tu en venir, Batave ?

- Où je veux en venir ? Tu l’as déjà deviné, c’est ça ? Et ton ami, il a compris lui ?

- Il n’est pas comme nous.

- Oui, oui, c’est ça. Comment s’appelle-t-il déjà ?

- Gaspard.

- Oh, il parle. Et il sait répondre à son nom. C’est bien, il ferait un bon écolier.

 

Emma me lança le regard le plus brûlant qu’elle m’ait jamais lancé. J’avais promis de ne pas parler.

 

- Gaspard a-t-il compris pourquoi j’ai envoyé Rochefort à Cipango ? Et pourquoi je vous y ai envoyé tous les deux ?

- Laisse-le en dehors de tout cela.

 

Cette phrase déchira les lèvres d’Emma. Elle savait qu’en montrant de l’intérêt pour moi, elle me poussait vers la mort.

 

- Je vous aurais fait faire tout ce chemin pour lire un haïku ? C’est ça ?

 

Mon mal de crâne me reprit subitement. J’entendis une voix dans ma tête. Un bourdonnement.

 

- Approche, Gaspard, approche.

 

Emma était au bord de l’explosion. Je m’exécutai.

 

- T’as déjà été à Amsterdam, petit ?

- Jamais.

- C’est un tort. Déjà, tu ne m’es pas trop sympathique. As-tu entendu parler des neuf cercles concentriques ?

- Oui, vaguement.

- Il répond bien, hein ? Il ne veut pas montrer qu’il sait alors qu’il sait, c’est ça ?

 

Il y eut un silence. La demi-douzaine de types qui nous surveillaient semblait prête à me foncer dessus. Emma, quant à elle, cherchait un moyen de tuer Batave le plus rapidement possible en le faisant souffrir au maximum.

 

- La théorie des neuf cercles, dis-je.

- Parfait. Comment t’as dit, déjà ? Tu es dans un cercle et tu dois affronter un adversaire pour passer un autre cercle, c’est ça ?

- C’est ça.

- Et combien t’as passé de cercles jusqu’à présent ?

- Un seul.

- Un seul ? La belle affaire ? Tu n’as donc, selon toi, affronté qu’une seule personne ? C’était qui déjà ? Ah oui, le type de la rue des pendus. Un formidable match de boxe, garçon.

- Mais comment…

- Mais comment savez-vous ? C’est ça ? Oui, je suppose qu’on peut se demander. Sache que je n’ignore rien de toi et de ta théorie. J’ai fait le calcul, moi. Et tu as passé sept cercles, mon garçon. Ici, nous sommes donc dans le huitième et je suis ton avant-dernier adversaire.

- ASSEZ !

 

Emma venait d’hurler comme une furie. Elle sortit deux revolvers et, en moins de dix secondes, abattit la demi-douzaine de types qui nous surveillaient.

 

- J’adore, j’adore. Tu sais que t’es la tueuse la plus impitoyable que je connaisse ? C’étaient mes meilleurs employés.

- A quel jeu tu joues, Batave ?

- Mais au jeu de la vérité, tout simplement. Gaspard se promène dans le monde depuis bientôt un an. Il tourne en rond, il vole par ici, il vole par là. Il retrouve des amis qu’il n’avait jamais vu auparavant, il te voit mourir puis revenir à la vie. Il faut quand même qu’on lui dise la vérité, un jour ou l’autre.

 

Un marteau-pilon venait de m’éclater la tête par l’intérieur. Sous la douleur, je tombai à genoux.

 

- C’est ton cerveau, c’est ça ? Il a mal.

- Batave, arrête.

- Tu ignores des choses, Emma. Tu crois tout savoir, comme Rochefort. Mais tu ignores des choses. Tu crois être le mystère de sa vie mais c’est Gaspard qui est le mystère de la tienne. Sais-tu qui il est réellement ?

- Pourquoi m’as-tu fait venir, ici, Batave ? Pour payer une dette que tu auras inventée ? Dis-moi combien je te dois et je disparais.

- Tu as compris que c’était moi, c’est ça ? Quand tu as lu le haïku, les souvenirs te sont remontés, comme par enchantement. Ca a fait la même chose à Rochefort, sans doute. Alors, quand tu as su qu’il fallait venir à Amsterdam, tu n’as pas hésité. A cause de ça, à cause du lien qui vous unit.

 

La douleur était si atroce que je n’arrivais pas à me relever. Une voix criait dans ma tête. Elle m’appelait. Elle toquait à ma porte.

 

- Qu’est-ce que tu me veux, Batave ?

- A toi, rien. Je savais qu’en vous réunissant tous les trois devant le haïku, les souvenirs vous remonteraient. Comme ça a été le cas dans la maison sur la colline, ou dans la rue des pendus, ou dans le train, ou sur les falaises, ou dans la maison de l’ermite ou en Patagonie. Lorsque vous êtes tous les trois, vous vous emmêlez les pinceaux.

- Mais comment ?

- Je sais beaucoup de choses que tu ignores, Emma. Je vous ai réunis à Cipango pour provoquer les choses comme je l’avais fait dans la maison de l’ermite. Mais cet imbécile de Gaspard a tout fait rater. Il est trop amoureux de toi pour raisonner logiquement. Je savais que Rochefort essaierait de tuer Gaspard et que tu l’en empêcherais. Tu as toujours été plus forte que lui. Après cela, je savais que tu ne trouverais aucune raison pour refuser de me voir. Pour ce que tu avais appris et parce qu’il te faut sans cesse une raison de te battre.

- Arrête ! Tu ne peux pas savoir tout cela ! Tu ne me connais pas !

- Est-il si difficile d’imaginer que tu sois venue pour me tuer, Emma ?

 

Je jetais un œil vers Emma. Toujours l’arme à la main, elle était en larmes. La dernière fois que je l’avais vue pleurer, c’était en Patagonie et elle s’appelait Aurore.

Qu’est-ce que je raconte ? Je ne suis jamais allé en Patagonie. Et elle s’appelle Emma pas Aurore.

 

- Tu vois, Gaspard n’arrive plus à suivre.

 

Mais qui est ce Batave ? Comment sait-il des choses qui ne sont arrivées qu’à moi ? Et Emma ? Est-elle vraiment venue pour le tuer ?

Elle pointa son arme vers lui. Ses mains tremblaient.

 

- Puisque tu as lu le haïku, tu dois savoir que rien ne peut me tuer. Surtout pas toi.

- Je sais ce qui peut te tuer. Et je sais où le trouver.

 

Pour la première fois, Batave ne sut que répondre. Il sembla perdre tout contrôle et toute assurance.

 

- Menteuse ! C’est impossible ! L’ermite l’a perdu.

- Non. Rochefort savait très bien où il se trouvait. Je ne sais pas qui tu es, Batave mais je peux le deviner. Et puis, tu n’as pas autant de pouvoir que moi.

- C’est impossible !

- Lorsque l’ermite a envoyé Rochefort dans cet autre endroit et qu’il a disparu devant nos yeux, il l’a emporté avec lui. J’ignore ce qui s’est passé par la suite mais Rochefort a réussi à revenir, grâce à ce lien dont tu es jaloux. Oui, Gaspard, Rochefort et moi sommes liés comme le témoigne le haïku. Est-il si improbable que Rochefort l’ait récupéré avant de revenir ?

- Tu ne peux pas l’avoir. Ce n’était pas dans la même histoire.

- Non, évidemment. Lorsque Rochefort est revenu de la maison de l’ermite, son identité de cavalier pale a repris le dessus. Et ce cavalier nous détestait tellement, Gaspard et moi, qu’il a préféré se lancer à nos trousses, sans soucier de cet objet qui se trouvait dans sa sacoche et qu’il avait toujours rêvé de posséder. Oui, la haine de Rochefort est si grande qu’il en a oublié son désir le plus profond. Dans sa folie, il s’est précipité en Patagonie où il m’a tuée. Et si, à son tour, il n’avait pas été descendu par Gaspard, nous serions pas là, ni toi, ni moi, pour en parler.

 

Batave n’en revenait pas. Moi non plus. Emma, Aurore. Je me souviens à présent. Je la vois, cette fille mystérieuse qui apparaissait et disparaissait à sa guise, qui me sauva la vie avant de se suicider dans l’Ouest lointain. Je me souviens de sa promesse folle de vivre des centaines de vies. Je me souviens de notre vie de desperados, de notre ranch d’El Bolson. Rochefort, Armand, le cavalier pale. Je me souviens également de lui. De ce voyageur mystérieux à Lac-aux-sables, de cet assassin aux pouvoirs étranges dans la rue des pendus, de ce traître infâme qui m’a balancé hors de notre sous-marin dans l’Atlantique, qui m’a attaché sur des rails, qui a fait de nous ses esclaves, qui a tué Aurore en Patagonie et qui a voulu me tuer, il y a trois jours à peine. Rochefort et Emma cherchaient un livre tous les deux. Le livre. Il renferme des pouvoirs effrayants, donnant la vie à ses personnages de papier et la reprenant sans la moindre pitié. Ce livre que j’ai tant cherché et qu’Emma tient entre ses mains.

 

- Impossible ! Où l’as-tu trouvé ? s’écria Batave hors de lui.

- Je suis identique à Rochefort. Mon amour pour Gaspard est si grand que j’ai renoncé à m’en servir. Le plus ironique dans tout ça, c’est que je l’ai trouvé ici, dans ta propre ville. La Nouvelle-Amsterdam, comme tu aimes à l’appeler. J’ignore pourquoi tu as tant de pouvoir, Batave, comment tu as pu gérer cette histoire depuis le début mais c’est terminé.

- Que veux-tu dire ?

- Que tu as perdu, Batave.

 

Emma se rapprocha et ouvrit le livre qu’elle me colla sous les yeux.

 

- Vas-y, Gaspard, lis ! Lis, bordel…

 

Trois balles l’empêchèrent de finir sa phrase. Elle s’écroula.

 

- Non ! Emma !

- D’où crois-tu que viennent tes maux de têtes, Gaspard ? Il suffit que j’évoque les mots haiku ou Aurore ou Armand pour que la douleur grandisse. Tu veux savoir pourquoi ? Parce que ce sont des mots de ton passé, de la réalité que tu cherches à oublier. Tu es lié à Rochefort et à Emma mais pas comme ils le croient. Tu es différent d’eux ! Je sais qui tu es ! Je suis le seul à savoir. Je peux te dire la vérité, tu sais ?

 

Emma bougeait encore mais elle perdait beaucoup de sang. Je me souviens des falaises et de la Patagonie. Et si cette fois, elle mourait pour de bon ?

 

- Ne veux-tu pas savoir, Gaspard ? Pourquoi tu es sur les routes, pourquoi je sais tout de toi ? Même les choses que tu as pensé ?

- Je m’en fiche, Batave. Je ne veux qu’Emma.

 

Le livre était ouvert à un chapitre intitulé « La République Batave ». Je le lus en entier.

Par Gaspard - Publié dans : Saudade : Emma
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